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Accueil Didier CUJIVES
 
| Didier CUJIVES | AFRIQUE | MADAGASCAR  Vu 692 fois
Article N°29440

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Il y a des départs plus difficiles que d’autres.

Quitter Nosy Bé n’avait rien d’évident. La maison de Philippe, la douceur des journées qui s’écoulaient sans bruit, les longues soirées passées à regarder l’océan… En quelques jours, nous nous étions laissé envelopper par cette parenthèse de bonheur. Nous aurions facilement trouvé mille raisons de rester encore un peu.
 
Mais il existe chez nous une force à laquelle nous résistons rarement : l’appel du voyage.



Cette petite voix qui nous murmure qu’au-delà de la prochaine route se cache toujours une nouvelle histoire.

Alors, comme il se doit, nous quittons Nosy Bé en bateau. Une dernière traversée, un dernier regard vers l’île qui s’éloigne, puis la Grande Terre nous accueille de nouveau. Philippe nous prête une voiture de sa plantation. Nous chargeons nos sacs et prenons la direction du nord-est de Madagascar.

Une longue route commence.

Nous ignorons encore qu’elle va nous bouleverser dès ses premiers kilomètres.
 

Au détour d’une piste, le paysage se transforme soudain en une immense fourmilière humaine. Des centaines de personnes creusent la terre.
Des hommes.
Des femmes.
Parfois même des enfants.
Tous sont venus chercher de l’or.

Il n’y a ni engins, ni machines. Seulement quelques pelles, des pioches, des cordes et des mains. Beaucoup de mains.
Les puits s’enfoncent profondément dans le sol. Ils sont si étroits que l’on peine à imaginer un homme s’y glisser. Pourtant, ils y descendent, parfois pendant des heures, au risque qu’un simple éboulement referme la terre sur eux.
 


En surface, d’autres remplissent inlassablement de grandes batées. Ils les font tourner avec une patience infinie, laissant l’eau emporter peu à peu la terre. Le geste est précis, répété des centaines de fois dans la journée.

À la fin, il ne reste parfois que quelques poussières dorées.

Pas une pépite.

Quelques grains presque invisibles.
Quelques grammes après plusieurs jours de travail.
Je ne peux m’empêcher de penser à notre propre histoire.
 

Il n’y a finalement pas si longtemps, en France, des hommes, des femmes et parfois des enfants descendaient eux aussi au fond des mines de charbon. Les coups de grisou, les éboulements, les maladies faisaient partie de leur quotidien. Ils travaillaient avec des outils qui, finalement, n’étaient guère différents de ceux que nous avons sous les yeux aujourd’hui. Nous avons fini par oublier ce que représentait cette dureté.
 


Ici, ce n’est pas du charbon que l’on extrait, mais de l’or. Pourtant, les gestes, les corps courbés par l’effort, la poussière, le danger et l’espoir semblent appartenir à une autre époque. Comme si, dans ce coin de Madagascar, un siècle d’histoire ne s’était jamais écoulé.

Nous restons là, silencieux.

Je me demande ce qui pousse chacun d’eux à revenir chaque matin. L’espoir d’une pépite qui changera leur destin ? Ou simplement la nécessité de rapporter quelques pièces pour nourrir leur famille ?

Nous repartons avec un profond malaise
.

Certaines images ne vous quittent pas lorsque vous refermez la portière.

Celles-ci feront partie du voyage jusqu’au bout.

Didier CUJIVES

Lien :https://didier-cujives.smartrezo.com/journal.html

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