Acteurs Locaux  de NOSY BE - les Boudubouts vous font découvrir l'intérieur de l'île


Acteurs Locaux de NOSY BE - les Boudubouts vous font découvrir l'intérieur de l'île

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Article N°29439

Acteurs Locaux de NOSY BE - les Boudubouts vous font découvrir l'intérieur de l'île

Depuis quelques jours, nous vivions dans une parenthèse douce, avec cette facilité dangereuse qui donne envie de remettre le voyage au lendemain. Mais nous n’étions pas venus jusqu’à Nosy Be pour rester à regarder le paysage depuis une terrasse. Avec Hélène, nous avions envie d’aller voir ce qui se cachait derrière la route principale, de nous enfoncer un peu dans l’intérieur de l’île.
 

À proximité de la maison se trouve une cascade dont nous ignorions le nom. Aucun panneau, aucun chemin évident. Nous avons demandé notre route aux habitants et, de geste en geste, ils nous ont envoyés dans la bonne direction. Très vite, nous avons traversé des champs entiers d’ylang-ylang.

Rien que le nom fait voyager.

Ylang-ylang.

On dirait déjà un parfum. Un mot que l’on pourrait prononcer les yeux fermés.

Ces arbres ont une silhouette étonnante. Ils sont taillés presque comme des bonsaïs, leurs longues branches régulièrement recourbées vers le sol afin que les cueilleurs puissent atteindre les fleurs sans grimper et sans lever les bras pendant des heures. À force d’être ainsi façonnés, ils deviennent bas, noueux, tortueux, comme s’ils s’inclinaient pour offrir leur parfum.
 



Ce sont ces petites fleurs jaunes, discrètes et légèrement froissées, qui servent de fixateur à de nombreux parfums. Ce n’était pas la saison de la récolte et nous n’en apercevions que quelques-unes, cachées dans le feuillage. Pourtant, nous avancions le nez en l’air, respirant à pleins poumons. Nous avions l’impression de traverser un immense flacon de Chanel numéro 5 que quelqu’un aurait oublié de refermer.

Après les champs, le paysage a changé.

De très grands arbres se sont dressés de chaque côté du chemin. Majestueux, presque solennels. Ils formaient au-dessus de nous une voûte végétale et semblaient nous faire une haie d’honneur jusqu’au fond du vallon.

Nous avons traversé les habitations des familles qui travaillent dans les plantations d’ylang-ylang, puis le sentier est descendu vers une petite cascade cachée au creux de la végétation.



Elle n’avait rien de spectaculaire.

Pas de chute vertigineuse, pas de vacarme, pas de décor conçu pour les photographies. Seulement de l’eau glissant sur la roche, un bassin sombre et cette sensation d’être soudain très loin de l’agitation de la route principale.

Nous nous sommes assis au bord de l’eau jusqu’à ce que la lumière commence à décliner.

Pour le retour, nous tenions à traverser un village aperçu sur les hauteurs. Il a fallu grimper un chemin raide et boueux. Nous avancions en cherchant où poser nos pieds lorsque les premières maisons sont apparues.

Des maisons de bois et de paille. Des cases fragiles, serrées les unes contre les autres, sans eau courante ni électricité. Une précarité si brutale qu’elle nous a saisis immédiatement.

Les enfants sont venus vers nous les premiers.

Les parents, plus discrets, restaient dans l’ombre des maisons. Les enfants riaient, nous observaient, puis lançaient tous la même phrase :
— Salut, Vazaha ! Salut, les Blancs.

Dans leur bouche, le mot n’avait rien d’agressif. C’était une bienvenue, presque un surnom affectueux.

Nous avons passé un long moment avec eux. L’un remuait une marmite sur le feu. Une petite fille revenait avec un bidon d’eau presque aussi lourd qu’elle. Une autre portait un bébé contre elle. Ils couraient, plaisantaient, se bousculaient, puis reprenaient naturellement leurs tâches.

Le jeu et les corvées semblaient faire partie du même mouvement.

Nous ne savions plus très bien s’ils jouaient à être grands ou s’ils n’avaient simplement jamais eu le choix.

Quand il a fallu repartir, aucun de nous deux n’en avait vraiment envie.

La nuit approchait. La maison de Philippe nous attendait, avec sa lumière, son eau, son confort et ses portes ouvertes. Nous avons repris le chemin beaucoup plus lentement qu’à l’aller.

Comme si ralentir pouvait retarder le moment de retrouver notre vie.

Comme s’il nous fallait encore quelques pas pour accepter qu’à si peu de distance, deux mondes puissent ainsi se côtoyer.

Les Boudubouts

Lien :https://didier-cujives.smartrezo.com/journal.html

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