Acteurs-Locaux Madagascar - Les Boudubouts visitent la plantation Millot producteur de Cacao au Nord-Ouest de Madagascar


Acteurs-Locaux Madagascar - Les Boudubouts visitent la plantation Millot producteur de Cacao au Nord-Ouest de Madagascar

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| Didier CUJIVES | AFRIQUE | MADAGASCAR  Vu 504 fois
Article N°29433

Acteurs-Locaux Madagascar - Les Boudubouts visitent la plantation Millot producteur de Cacao au Nord-Ouest de Madagascar

Il fait encore nuit lorsque nous nous levons.

À six heures précises, nous avons rendez-vous au centre de la cour de la plantation Millot. Nous voulions voir ce moment particulier où une immense propriété s’éveille, où, en quelques minutes, chacun doit trouver sa place et où commence une nouvelle journée de travail.

Bruno, le directeur général, est déjà là.

Autour de lui, les chefs d’équipe attendent les premières consignes. Ici, impossible de perdre du temps. Les instructions sont courtes, précises, immédiatement relayées. Il faut que près de 500 personnes puissent rapidement rejoindre leur poste et que cette mécanique immense se mette en mouvement.
 











Bruno parle peu. Le visage fermé, concentré, il écoute pourtant chacun avec attention. Nous découvrons un homme exigeant, mais qui semble connaître parfaitement les hommes et les femmes avec lesquels il travaille.





Puis la cour s’anime.

Les femmes commencent à installer les séchoirs. Les hommes arrivent avec de lourds sacs remplis de fèves de cacao et les déversent sur le béton ou sur de grandes claies de bois.

En quelques instants, le sol se couvre de cacao.

Avec leurs blouses rouges frappées du logo Millot, les femmes prennent alors de grands râteaux de bois et étalent méthodiquement les fèves. Il faut les retourner, les aérer, les répartir régulièrement pour que le soleil fasse son travail et leur fasse perdre peu à peu leur humidité.

Nous les regardons travailler avec cette impression d’assister à des gestes à la fois très simples et parfaitement maîtrisés.

 


À quelques mètres de là se joue une autre étape essentielle : la fermentation.

Avant d’être séchées, les fèves doivent fermenter plusieurs jours. Et nous comprenons enfin pourquoi certaines semblent presque fumer lorsqu’elles sont étalées au soleil : elles arrivent encore chaudes de cette transformation qui va développer une grande partie des arômes du futur chocolat.

Autour de nous, les femmes travaillent sous un soleil qui commence déjà à taper fort. Beaucoup ont le visage recouvert de cette fameuse pâte protectrice que nous croisons si souvent à Madagascar. Une protection contre le soleil qui leur donne aussi cette allure si particulière, et il faut bien le dire, beaucoup d’élégance.



Lorsque les fèves auront atteint le bon degré de séchage, elles seront triées puis enfermées dans de grands sacs de jute. Leur voyage pourra alors commencer. Elles quitteront Madagascar pour être exportées et torréfiées dans les pays importateurs avant de poursuivre leur transformation en chocolat.

Et derrière l’apparence parfois un peu hors du temps de cette plantation se cache en réalité une entreprise étonnamment moderne.



Pas seulement par ses méthodes de production, mais aussi par son organisation sociale.

Millot emploie directement près de 500 personnes et fait également vivre tout un réseau d’environ 2 000 petits producteurs de la région auprès desquels l’entreprise collecte une partie du cacao qu’elle fermente, sèche, trie et conditionne ici.
Au total, près de 1 000 tonnes de fèves quittent chaque année la plantation.
 

Mais sur une propriété de 1 300 hectares, produire ne suffit pas. Il faut aussi préparer demain.

Nous partons donc vers la pépinière.

Sous de grands ombrages poussent les jeunes plants destinés à remplacer progressivement les arbres vieillissants et à assurer la régénération de la plantation. C’est une autre temporalité. Ici, on ne travaille plus pour la récolte prochaine mais pour celles qui viendront dans plusieurs années.
 

Puis arrive probablement le moment qui nous touche le plus.

Nous nous approchons des cacaoyers.



Les cabosses poussent directement sur les troncs et les grosses branches, comme si quelqu’un les y avait accrochées. Nous en avons vu beaucoup depuis notre arrivée dans la région, mais cette fois nous assistons à leur ouverture.

La cabosse est fendue, et à l’intérieur, apparaissent les fèves.

Rien à voir encore avec les petites graines brunes que nous avons vues sécher quelques instants plus tôt. Elles sont blanches, brillantes, enveloppées d’une pulpe épaisse et gluante.



Nous en goûtons une.

Et c’est peut-être cela qui nous émeut le plus : retrouver, dans cette matière encore brute sortie quelques secondes auparavant d’un fruit, quelque chose de doux, de fruité, déjà agréable en bouche.

Nous venons de remonter le chocolat jusqu’à son commencement.

 



Mais Millot ne se résume pas au cacao.



Nous terminons notre visite dans un univers totalement différent : celui des huiles essentielles.
Ylang-ylang, vétiver… des noms qui évoquent immédiatement les parfums, les flacons précieux et les grandes maisons. Ces essences jouent un rôle important dans la parfumerie, le vétiver servant notamment de note de fond et de fixateur, tandis que l’ylang-ylang apporte sa signature florale à de nombreuses compositions.



Et pourtant, pour arriver jusqu’à ces quelques gouttes précieuses, le décor est presque industriel.

De grands alambics en cuivre, des tuyaux, de la vapeur et surtout une énorme chaudière qui nous évoque davantage les hauts fourneaux d’une aciérie que les ateliers feutrés des grands parfumeurs.


Le contraste est saisissant.

Nous regardons cette vapeur, ces vieux cuivres, ces hommes qui surveillent la distillation et nous pensons aux minuscules flacons qui, un jour, contiendront peut-être une part infime de ce qui est produit ici.

Lorsque nous quittons les ateliers, nous sommes heureux de cette journée.

Mais il y a aussi autre chose.

Philippe est notre ami, et forcément, notre regard n’est pas tout à fait neutre. Alors, après avoir parcouru cette immense propriété, rencontré ceux qui y travaillent et découvert tout ce qui s’y fait, nous éprouvons une vraie fierté devant ce qu’il a réussi à construire et à faire vivre.

Car derrière les 1 300 hectares, les 1 000 tonnes de cacao et les huiles essentielles, il y a surtout des centaines de familles.
Une partie des logements, la scolarisation des enfants et les soins de santé sont pris en charge par l’entreprise. Une crèche accueille les plus petits pendant que leurs parents travaillent et, demain, une bibliothèque ouvrira ses portes.

Pris séparément, ce ne sont peut-être que des logements, des soins, une crèche, une école ou quelques livres sur des étagères. Mais ici, tout cela prend une autre dimension.

Dans un pays magnifique mais où la vie quotidienne reste difficile pour une grande partie de la population, Millot nous est apparu comme un îlot de stabilité et de protection, un endroit où l’on ne se contente pas de donner du travail, mais où l’on essaie aussi de rendre la vie un peu moins difficile.

Ce matin, nous étions venus découvrir comment naissent le cacao et les parfums.

Nous repartons surtout avec le sentiment d’avoir découvert une belle aventure humaine.
 

 

Les Boudubouts

Lien :https://didier-cujives.smartrezo.com/index.html

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