Nos réveils dans les villages tanzaniens sont rarement silencieux. À peine la porte d’Ulysse ouverte qu’il y a déjà du monde autour de nous. Beaucoup d’enfants, quelques femmes, les hommes restant souvent un peu en retrait.
Ulysse intrigue. Cette drôle de case roulante dans laquelle nous dormons, mangeons et voyageons les fait rire autant qu’elle les étonne. Les yeux s’agrandissent lorsqu’ils voient l’eau couler simplement d’un robinet ou les petits spots éclairer l’intérieur. Des choses si ordinaires pour nous, mais qui prennent ici une tout autre dimension lorsque les maisons alentour n’ont ni eau courante ni électricité.
Nous les accueillons avec plaisir, nous montrons, nous expliquons comme nous pouvons, les rires font le reste. Puis vient le moment de reprendre la route. Nous refermons la porte d’Ulysse avec, chaque fois, cette petite émotion étrange de quitter des gens dont nous ignorions encore l’existence quelques heures auparavant.
Nous ne roulons pourtant pas longtemps.
Depuis plusieurs jours, les ruches traditionnelles suspendues très haut dans les arbres nous donnent envie de goûter le miel de la région. On nous assure même que l’on trouve ici l’un des meilleurs de Tanzanie. Alors nous nous arrêtons dans le village suivant.
Pendant près d’une demi-heure, nous demandons, cherchons, interrogeons. Pas la moindre goutte de miel.
Et puis, comme souvent ici, la solution arrive quand on ne l’attend plus. Une moto déboule sur la piste avec, à l’arrière, un bidon rempli de miel.
En l’ouvrant, première surprise : rien à voir avec les pots parfaitement limpides de nos supermarchés. Le miel est épais, chargé de morceaux de cire et de petits résidus de la ruche. Qu’importe, nous en achetons tout de même un demi-kilo.
Reste à le filtrer.
L’opération devient rapidement un spectacle. Autour d’Hélène, les curieux se rapprochent pour observer cette étrangère qui entreprend de nettoyer leur miel. Avec beaucoup de patience, elle s’en sort remarquablement bien. Nous sommes fiers de notre petit pot ambré… jusqu’à la dégustation.
Le goût est puissant, presque trop. La fumée utilisée pour calmer les abeilles au moment de la récolte a laissé une empreinte très présente. Ce ne sera pas tout à fait le miel dont nous rêvions, mais au moins celui-ci aura une histoire.
Quelques kilomètres plus loin, après près de 500 kilomètres de piste, nous retrouvons enfin le bitume.
Nous sommes presque heureux de revoir une route lisse après ces journées de poussière, de tôle ondulée et de trous. Cette longue traversée nous aura surtout permis de découvrir une autre Tanzanie, loin des grands parcs et des circuits de safari, celle des villages, des pistes et de ceux qui vivent au bord.
Le long de la route, les petits commerces réapparaissent. On vend un peu de tout sur le bas-côté, parfois simplement quelques bouteilles remplies d’huile de cuisson alignées sur une table.
La lumière commence à baisser. Il est temps de chercher un endroit où dormir.
Un immense baobab se dresse près de la route. Difficile d’imaginer meilleur voisin pour la nuit.
À son pied, un grand-père garde quelques vaches avec ses deux petits-fils. Nous échangeons quelques mots, puis, lorsque le soleil descend, le troupeau doit rentrer.
Alors nous les accompagnons.
Pas de grand spectacle, pas de visite organisée, rien à raconter qui puisse remplir un guide touristique. Seulement un vieux monsieur, deux enfants, quelques vaches et nous derrière eux dans la lumière du crépuscule.
Il existe parfois des bonheurs qui ne demandent rien de plus.
Didier CUJIVES