Nous quittons le pays zoulou. La route serpente à travers de vastes paysages verdoyants. Partout, les collines se couvrent de fleurs sauvages. Des tapis jaunes, violets et blancs ondulent sous le vent. L’Afrique du Sud se fait douce, presque bucolique. Une dernière respiration paisible avant l’épreuve qui nous attend.
Au loin, les montagnes du Drakensberg se dressent. Là-haut, niché dans ces reliefs spectaculaires, se trouve un passage unique : le fameux Sani Pass. Une piste mythique. Une montée redoutée. Un défi pour tout voyageur en 4x4.
Dans le Drakensberg, il n’existe qu’un seul point d’entrée direct pour rejoindre le Lesotho par cette région : le Sani Pass. Une route spectaculaire et isolée qui relie l’Afrique du Sud à ce petit royaume enclavé au cœur de l’Afrique australe. Un passage de montagne légendaire, considéré comme l’un des plus impressionnants du continent.

Toutes les informations concordent : la piste est raide, étroite, semée d’épingles à cheveux, parfois taillée dans la roche. Nous hésitons. Allons-nous faire subir à Ulysse une épreuve trop importante ?
Finalement, nous décidons d’y aller… mais avec prudence. Didier conduira à l’aller. Hélène prendra le volant pour le retour. Nous avons choisi de faire simplement un aller-retour aujourd’hui. Nous reviendrons explorer le Lesotho plus en profondeur lors de notre grande boucle d’Afrique australe… dans un un an environ.
La montée commence.
Seulement 8 kilomètres à parcourir… mais quels kilomètres !
La piste s’élève brutalement. Les virages en épingle s’enchaînent. Par moments, la route ressemble à un véritable escalier de pierre. Le 4x4 fait des merveilles. Ulysse accroche la piste avec assurance. La concentration est totale. Chaque mètre compte.
Il nous faudra 1h15 pour atteindre le sommet.
Puis soudain… le monde change.
Au sommet, le climat bascule brutalement. Alors qu’il faisait 25 degrés côté Afrique du Sud, ici la température ne dépasse pas 10 degrés. Tout le monde porte doudoune et bonnet. Le vent souffle fort. Le paysage devient plus rude, plus austère, presque minéral.
Nous passons la frontière… et nous pénétrons dans le royaume du Lesotho.
Quelques kilomètres suffisent pour comprendre. Le pays est pauvre. Très pauvre.
Les habitants, pour la plupart bergers, gardent leurs troupeaux sur ces hauts plateaux battus par les vents. Les habitations sont souvent circulaires, construites en terre, parfois mêlée de bouse animale. Un autre monde. Une autre Afrique.
Le soir venu, nous serons accueillis chez un pasteur anglican, qui nous ouvre sa porte avec simplicité et générosité. Une rencontre inattendue, au sommet du continent.

Une journée hors du temps. Une journée suspendue entre deux pays, deux climats… et deux mondes.
Réveil matinal ce matin. 6h00.
Nous partons pour l’un des treks les plus mythiques d’Afrique : les Tugela Falls.
Hier encore, le ciel était couvert.
Aujourd’hui, la montagne nous offre une fenêtre idéale. Le soleil est au rendez-vous, accompagné de quelques nuages qui rendent la température parfaite pour marcher.
Les conditions sont réunies pour une grande journée.
La première partie de la randonnée nous conduit vers l’un des sites les plus impressionnants du Drakensberg : l’Amphithéâtre.
Une muraille naturelle gigantesque, longue de plusieurs kilomètres, dont les falaises plongent de plus de 1200 mètres dans la vallée, tandis que son sommet culmine à plus de 3000 mètres d’altitude.
Le décor est monumental, presque irréel.
Nous avançons lentement, saisis par la puissance du lieu.
L’émotion est déjà là.
Nous avons le sentiment de pénétrer dans un monde à part.
Le contournement du Sentinel Peak, l’un des plus hauts sommets d’Afrique du Sud, ne sera pas facile. Le souffle devient plus court, la chaleur commence à se faire sentir. Nous faisons très attention à bien suivre les sentiers. Ici, aucune signalétique… et nous n’avons pas de guide avec nous.
Notre objectif est de rejoindre le plateau à la frontière avec le Lesotho, à plus de 3000 mètres d’altitude. L’effort devient plus intense.
Puis arrivent les célèbres échelles d’acier.
Deux échelles côte à côte nous permettent de progresser en parallèle.
Chacun encourage l’autre.
Suspendus dans le vide, le vertige n’est jamais très loin.
Mais nous redoublons d’efforts.
Arrivés en haut… surprise.
Une nouvelle série d’échelles nous attend.
Excités par la perspective d’arriver aux chutes, nous n’hésitons pas une seconde. Enfin, nous atteignons le plateau.
Il faudra encore marcher près d’une heure avant d’arriver aux Tugela Falls.
Et puis, au milieu de cet immense plateau désertique, une rencontre inattendue. Seuls humains dans cet univers minéral, nous croisons un berger du Lesotho, emmitouflé dans sa fameuse couverture de laine. Silhouette presque irréelle dans ce décor grandiose, il avance lentement comme hors du temps.Un moment simple… mais profondément marquant.
Quelques minutes plus tard, les Tugela Falls apparaissent.Devant nous, les deuxièmes chutes d’eau les plus hautes du monde.Près de 948 mètres de hauteur, répartis en plusieurs cascades vertigineuses.Seul le Salto Angel au Venezuela, que nous n’avons pas pu atteindre lors de notre passage, les dépasse.Le spectacle est grandiose.Le silence, l’immensité, la puissance de la nature…Nous resterions là indéfiniment.
Mais nous ne voulons pas nous faire surprendre par la nuit.
Il faut rebrousser chemin.
Le retour est encore plus impressionnant.Les échelles semblent plus verticales qu’à la montée.Nous descendons sans dire un mot, concentrés.Aucune corde, aucun baudrier… seulement nous et le vide.Après plusieurs heures de marche, nous retrouvons enfin Ulysse.Fatigués…Mais profondément heureux.Nous venons sans doute de réaliser l’un des plus beaux treks de notre tour du monde.Le Drakensberg, encore trop méconnu, est tout simplement magnifique.
Les Boudubouts